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Surveillance Chic: Quand l'esthétique déguise la surveillance

  • Photo du rédacteur: Rommy Artigas
    Rommy Artigas
  • il y a 3 jours
  • 2 min de lecture

Meta a lancé les lunettes "Starfire Kylie Edition" avec Kylie Jenner –382 millions d'abonnés sur Instagram–. Design très minimaliste, petit strass sur le côté, super mignonnes, au prix de 419€.


L'opération n'est pas difficile à déchiffrer: transformer une technologie de surveillance en un accessoire irrésistible de mode.


Mais Kylie ne vend pas un produit: elle vend de la validation. Elle normalise l'intrusif en le rendant désirable.


Lorsqu'une figure publique à laquelle des millions de personnes font confiance utilise une technologie controversée, le cerveau fait le lien automatique: "si elle l'utilise, ça doit être sécurisé".


Ce que ces lunettes font, c'est capturer des images et de l'audio de toute personne qui croise la personne qui les porte (dans la rue, dans la salle de sport, sur la plage, dans n'importe quel espace partagé) sans avertissement et sans possibilité de refuser. Ces vidéos circulent ensuite sur les réseaux avec des milliers de vues, soumettant au jugement public des personnes qui n'ont jamais consenti à être observés.


Il y a deux mois, la BBC a partagé le cas d'une femme qui fut filmé à Londres en marchant vers un centre commercial par un homme qui portait des lunettes intelligentes sans son consentement; la vidéo a atteint 40.000 vues.


Lorsqu'elle a demandé son retrait, elle a reçu une réponse par courrier : on la supprimerait en tant que "service payant". Elle se sentait exploitée, impuissante et vulnérable avec la certitude que le fichier était toujours entre les mains de celui qui l'avait enregistrée.


Comme le souligne Catharina Doria, experte en éthique de l'IA : "Quand il s'agit d'une déclaration de mode, vous ne critiquez pas la technologie. Vous vous concentrez plus sur l'apparence que sur le contenu." Le compte Diet Prada, spécialisé dans la mode, a publié ce message : "Une façon plus élégante pour des inconnus de vous harceler et de vous filmer".



Ces lunettes ne sont pas seulement un dispositif de plus. L'enregistrement avec le téléphone portable soulève des soupçons car le geste est visible, détectable. Avec ces lunettes, l'appareil photo est intégré dans le regard. Impossible à distinguer de l'usage quotidien. Toujours prêt.


Ce qui est normalisé, ce n'est pas seulement la surveillance ponctuelle. C'est l'érosion de la confiance de base dont nous avons besoin pour établir des relations dans des espaces partagés. La certitude que tout moment (une conversation, une promenade, un bain public) peut être capturé, distribué et monétisé à notre insu ou sans notre consentement.


Le prix que nous payons pour vivre dans un monde hypernumérisé est toujours de plus en plus élevé.


Par Rommy Artigas

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